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GK, un modèle universel reconnu ! AS. Roux et G. Dhers en témoignent

 

Georges Dhers, chercheur, pratique les dispositifs d’intermédiation créative et d’empowerment. Il analyse les processus d’entraide et de co-création et leurs soubassements anthropologiques, psychosociologiques, socio-économiques et éthiques. Il anime, par ailleurs, le groupe de travail Fraternité et Créativité, au sein du Pacte civique. Il prépare la publication de deux livres : sur les fraternités ouvertes et créatives et sur les citoyens acteurs créateurs.

Après un an de Wananga Trek en Asie (îles pacifiques et montagnes himalayennes), Anne-Sophie Roux vient de soutenir avec succès son mémoire de Sciences Politiques, sur La démocratie à l’ère de l’Anthropocène : Gawad Kalinga, un mouvement citoyen participatif en milieu vulnérable. Elle a créé une entreprise sociale qui vise à reconstruire les récifs coralliens via l’empowerment des communautés côtières et le remboursement d’empreinte carbone des entreprises : My Coral Garden.

Tous deux l’affirment avec force, arguments théoriques et pratiques à l’appui, de deux points de vue complémentaires, plutôt social d’un côté et plutôt environnemental de l’autre : le mouvement Gawad Kalinga répond à des besoins et des enjeux universels actuels, de manière holistique. Il serait réplicable aussi sous nos latitudes, après une adaptation aux différents contextes.

Avec Georges Dhers et des acteurs du Pacte civique, des Dialogues en humanité et de l’association Territoires zéro chômeur de longue durée, nous réfléchissons à la mise en œuvre en France de certains principes d’action et de formation de Gawad Kalinga.

Quelques extraits des ouvrages de Georges Dhers et Anne-Sophie Roux, en avant-première de leur édition :

Georges Dhers (dans Les citoyens acteurs créateurs) :

« Une expérience collective d’empowerment et de création d’activité par les pauvres et pour les pauvres : Gawad Kalinga.

(…) Le plus fantastique, c’est sans doute encore la méthode et même on peut dire le processus qui a été mis en œuvre pour porter cette réalisation. Il s’agit essentiellement d’un processus holistique de formation aux valeurs et à un métier, d’entraide, d’empowerment et de co-construction (un processus semblable donc à celui évoqué dans cet ouvrage). C’est sans doute même un des plus complets et des plus exemplaires que je connaisse, compte tenu des larges partenariats qu’il implique et des résultats obtenus au sein de toute une population. Il pourrait sans doute nous inspirer pour tenter de relier et renforcer les nombreuses expériences d’économie sociale et solidaire, d’économie circulaire, et les nombreux tiers-lieux qui émergent dans notre pays où les zones de précarité (et de non droit) se multiplient depuis quelques années. (…)

In fine, au bout de ce processus, on observe que les communautés qui agissent ainsi se métamorphosent comme sous l’effet d’une force spéciale ; celle-ci est sans doute liée à ce que Marcel Mauss appelait « le mana » cette force mystérieuse qu’il avait pu observer dans les peuplades de Mélanésie où le don et le contre don créent une ambiance de réciprocité qui facilite la co-construction, le partage, l’entraide.
Il semble aussi, comme le dit Sri Dinesh, maître d’art martial interne, que les forces utilisées de façon violente (pour le vol, le trafic de drogue, la prostitution…., bref pour la destruction) se transforment peu à peu en forces de co-construction ; une énergie supplémentaire est alors active en chacun pour l’aider à réaliser des choses qu’il ne pensait pas pouvoir réaliser. (…)

Les communautés qui sont inspirées par un même idéal ou un même socle de valeurs (que celles-ci soient d’ordre spirituel ou d’ordre laïque) peuvent aussi parvenir à un tel niveau d’unité et de réalisation commune ; dans notre ouvrage nous avons cité plusieurs auteurs qui expliquent ce type de phénomène. (…)

Il est donc probable que dans l’esprit des pionniers qui portent l’ONG Gawad Kalinga on retrouve ce type de valeurs et de pratiques qui unissent les hommes non seulement en paroles et en pensées mais aussi en actes concrets réalisés ensemble là où ils sont. (…)

Les multiples partenariats engagés avec des acteurs publics, privés, ou associatifs correspondent bien aux dynamiques de développement local qu’on a évoquées aussi dans le livre et qu’il s’agit de recréer dans un pays très centralisé, hiérarchisé et cloisonné comme le nôtre où, bien souvent, « les jeux d’acteurs » sont plus basés sur le calcul stratégique, le calcul d’intérêt, que sur la coopération ; aux Philippines, sous l’impulsion de Tony Meloto, des grandes entreprises et des acteurs publics soutiennent l’émergence d’entreprises sociales créées par des pauvres et celles-ci créent de l’activité pour des milliers d’autres pauvres. »

Anne-Sophie Roux (dans La démocratie à l’ère de l’Anthropocène)

« Ce travail a vocation, à travers l’étude de cas du mouvement citoyen GK, d’analyser les impacts d’une organisation citoyenne sur la réduction de la vulnérabilité au changement climatique, mais également sur les institutions et la société philippine ; afin de démontrer ce que nous pouvons en apprendre pour la mise en place des transitions durables. Nous nous attacherons par conséquent à présenter le mouvement ainsi que sa dimension participative, dans leurs structurations, leurs impacts et leurs discours, au prisme des théories de l’action collective. Nous nous baserons sur une méthode inductive et qualitative, partant de l’analyse d’un cas pour le rattacher aux théories sociologiques ; non pas dans l’objectif de les affirmer ou les infirmer, mais plutôt d’introduire une dimension exploratoire à l’étude de mouvements sociaux peu étudiés. (…)

Le village GK est conçu comme une mosaïque sociale fondée sur l’entraide et le partage des connaissances. (…)
(a) Une dynamique « par le bas » : les plus démunis se voient intégrés dans un modèle de développement alternatif dont ils deviennent les acteurs centraux ;
(b) Une dynamique « par le haut » : les citoyens plus aisés se tournent vers GK en raison de son caractère entrepreneurial, de la visibilité de ses impacts ; mais également d’une tendance à vouloir « donner du sens » à leur vie professionnelle. (…)

Selon les membres du mouvement, le principe du « care » permet, au niveau individuel, de restaurer la dignité des plus vulnérables en les intégrant comme membres d’une même famille dans le processus de construction collective de la communauté ; mais à une échelle plus large il permet également de reconstruire un lien social fragilisé entre les différentes factions de la société civile. (…)

La théorie de la mobilisation des ressources nous paraît particulièrement centrale pour l’étude du mouvement GK, puisque celui-ci a basé ses stratégies de développement sur la cooptation de ressources les plus variées et nombreuses possibles. Cependant, alors que de nombreux mouvements sociaux utilisent ces ressources pour résister face à un pouvoir ou une idéologie dominante, le mouvement GK mobilise des ressources clés pour coopter avec l’Etat, pour se positionner comme acteur complémentaire pour accélérer la mise en place des politiques publiques de réduction de la pauvreté et d’adaptation au changement climatique. Enfin, une dernière dimension mise en avant par McAdam dans ce qu’il nomme la « libération cognitive » semble également importante pour l’étude de notre mouvement : une étape importante de la genèse du mouvement social est la prise de conscience collective des problèmes structurels auxquels leur épanouissement et leur développement font face (McAdam, McCarthy, & Zald, 1996). (…)

Bien que le mouvement ait déjà quinze années d’existence, ses membres, organisateurs ou non, ne voient pas le terminer avant leur objectif atteint – éradiquer la pauvreté. Cependant, grâce à leur capacité d’adaptation, le mouvement se réinvente et se transforme au fil des années ; tout en se rendant accessible au plus grand nombre. Ainsi, il est passé du statut d’ONG sœur de CFC (Couples for Christ), à une ONG areligieuse indépendante, à un mouvement citoyen élargi à l’ensemble du territoire ; et d’après les organisateurs que nous avons pu interroger, GK va se concentrer sur des partenariats privés dans les années à venir. (…)

Tout au long de son développement, les membres organisateurs n’ont jamais hésité à accepter toute forme d’opportunité qui se présentait à eux ; même lorsque l’organisme la proposant pouvait entrer en contradiction avec leurs valeurs ou leur éthique. Lorsqu’un.e Président.e leur propose un soutien financier, ils prennent cette opportunité pour construire en parallèle des facteurs d’attractivité pour générer davantage de soutiens ; comme ça a par exemple été le cas avec la présidence Aquino (19861992) et l’ère Arroyo (2001-2010). Enfin, lorsque des opportunités universitaires se présentaient, les membres du mouvement les utilisaient pour augmenter leurs ressources sociales, logistiques et intellectuelles. (…)

Quatre phases principales (leviers successifs) au travers desquelles le mouvement GK a coopté des ressources devenues les clés de voûte de son modèle de fonctionnement : (…)
(a) Le concept de « padugo », littéralement « servir une cause » : des ressources humaines et une force vive de volontaires ;
(b) Le concept de « bayan », c’est-à-dire la « nation » : des ressources techniques et financières afin de servir un but universel auquel tout citoyen peut s’identifier ;
(c) L’appui sur l’Etat philippin et les élites, au travers de son institutionnalisation ;
(d) L’appui sur des réseaux transnationaux : à la fois des ressources financières et humaines. (…)

Ainsi la stratégie du mouvement s’est construite sur une base multiscalaire forte, mais tout en conservant une démarche très adaptative fondée sur l’apprentissage au fur et à mesure du mouvement. (…)

Un aspect intéressant de la mobilisation contemporaine des ressources est l’utilisation des réseaux sociaux par les membres du mouvement. Facebook, notamment, constitue une plateforme privilégiée pour coopter un spectre sociologique et géographique le plus étendu possible ; mais également pour accroître ses impacts de manière plus significative. Lors de catastrophes naturelles par exemple, la mobilisation massive et immédiate que permettent les réseaux sociaux constitue un outil d’efficacité majeur. (…)

Ce volet précis de la mobilisation des ressources transnationales qu’opère GK ne déroge pas à leur priorité : l’accès au plus grand nombre possible d’acteurs sur le modèle de partenariats holistiques. Cet aspect peut trouver sujets de critiques, notamment sur les limites éthiques d’engager des grandes multinationales pour résoudre la pauvreté et la vulnérabilité climatique. Cette critique est néanmoins adressée par les membres fondateurs du mouvement, argumentant que les acteurs qui sont à l’origine des problèmes sociaux, économiques, environnementaux, doivent également faire partie de la solution. (…)

En conférant aux habitants des villages des compétences dans la gestion de projets entrepreneuriaux, les volontaires GK leur permettent de développer leurs propres compétences et d’en tirer des sources de revenus durables tout en aidant les autres membres de la communauté. C’est par conséquent une source innovante et complémentaire de revenus que GK introduit afin de bâtir une résilience holistique et solidaire sur le long terme, entre des citoyens auparavant marginalisés à la fois économiquement et socialement. (…)

Au travers de cette université se dessine la stratégie de structuration du mouvement GK sur le long terme : il s’agit de former les nouvelles générations d’acteurs du changement et de transformer des observateurs en acteurs. (…)

Comme résumé par Tony Meloto dans son livre, leur « objectif ambitieux est de former 500,000 entrepreneurs sociaux qui construiront la richesse des Philippines, créeront des produits d’envergure internationale ainsi que des emplois pour 5 millions de philippins dans l’agriculture, la technologie ou le tourisme. » (Meloto, Builder of Dreams, 2009). Les étudiants, au nombre de cinquante par promotion, reçoivent des cours de marketing, de management, mais également d’anglais et de français. Au travers de cette initiative éducative, l’objectif sous-jacent est de construire une nouvelle génération de « bayani », de héros, afin d’assurer la relève des fondateurs du mouvement GK et prolonger leur effort de développement intégré et holistique. (…)

Dans une volonté d’élargir les formations dispensées, le directeur de SEEDS Mark Lorenz Cruz et ses équipes vont ouvrir, aux côtés de la formation « classique » en entrepreneuriat social, une formation en « leadership » pour former les futures générations à la tête des communautés GK. L’ensemble des ressources sur lesquelles se base GK lui ont permis, au fil des années, de s’assurer une certaine légitimité auprès des sphères politiques, financières, mais également sociales au travers des apports constants de volontaires. (…)

L’entrepreneuriat social – ou ce que les membres du mouvement nomment la « Walang Iwanan Economy » – est conçu comme un levier de construction de l’émancipation des communautés, leur conférant des ressources pour qu’elles soient actrices centrales de leur propre développement économique. (…)

Mais en dehors de cette réduction de la vulnérabilité, cela permet également de valoriser les compétences des habitants, leurs passions, leur créativité et leurs savoir-faire. (…)

Pour mettre en place une gestion durable et intégrée des ressources naturelles et assurer l’autosuffisance alimentaire, les habitants jouent sur l’innovation. Dans certains villages, on utilise des techniques d’upcycling pour transformer des déchets plastiques en jardins suspendus pour y cultiver des légumes ; dans d’autres on replante des forêts, des mangroves, des coraux, pour restaurer les habitats et se protéger des catastrophes naturelles ; on pratique également des techniques de permaculture, de lombricompost, on construit des sources d’énergies renouvelables. (…)

En faisant des citoyens marginalisés des acteurs centraux de leur propre développement, GK tend également à créer une nouvelle forme de démocratie participative orientée vers l’action et l’entraide. Par la reconstruction d’un lien social fragilisé, GK tend à imaginer une nouvelle citoyenneté, « radicale et éthique », participant à la construction de la nation et de l’identité philippines.
Cette cristallisation d’une nouvelle forme de citoyenneté participative se construit sur les représentations sociales des membres du mouvement : à travers l’appellation de « bayani », héros, et de « constructeurs de la nation », GK tend à façonner des formes de participation innovantes, qui impliquent l’ensemble des factions qui composent la société civile ; mais également les élites et les entreprises privées. (…)

A travers (l’analyse) de la mobilisation des ressources, nous avons montré que le mouvement s’appuyait sur un spectre très large de ressources et de réseaux, autant religieux que politiques ou transnationaux. C’est au travers d’une capacité d’adaptation et d’innovation qu’il a pu ainsi se structurer comme acteur intermédiaire entre l’Etat et les citoyens, en modifiant les structures de ses propres opportunités politiques. Nous avons pu également voir, à travers l’étude de ses impacts, que GK alliait innovations frugales, low tech et high tech, afin de bâtir une résilience au changement climatique qui devienne un pivot central des politiques institutionnelles d’adaptation et de gestion des catastrophes naturelles. (…)

L’importance, dans le discours GK, de la variable culturelle et du Bayanihan comme socle commun, tend du même coup à façonner des identités communes partagées entre membres du groupe, mais aussi des images d’eux-mêmes qui tendent à cristalliser, pour les non-adhérents, un sentiment affectif, une certaine envie d’en faire partie à leur tour. (…)

GK mobilise en effet une rhétorique engageante et positive, à la fois envers les bénéficiaires appelés bayani, mais également pour créer des évènements venant scander la vie sociale des membres GK : la Walang Iwanan Operation en cas de catastrophe, ou encore le Bayani Challenge qui prend place chaque année à l’échelle nationale. L’importance de la presse et des réseaux sociaux comme intermédiaires centraux à la diffusion du discours GK est également à noter ; et mériterait d’être le sujet de futures recherches. (…)

Bien que les acteurs fondateurs et membres de GK soient fédérés par la même fin – l’éradication de la pauvreté aux Philippines – les moyens pour y parvenir sont largement issus d’une dimension créatrice et innovatrice. Cette variable, au cœur de la structuration du mouvement, est également employée comme facteur d’attractivité auprès des citoyens et membres potentiels. En effet, en faisant appel à des facteurs culturels communs, eux-mêmes porteurs de créativité, GK tend à mobiliser une masse de citoyens, sur l’ensemble de l’échelle sociale. L’une des raisons de l’engagement de ces citoyens dans le mouvement qui revient souvent dans nos entretiens – notamment chez les jeunes – est justement cette envie d’agir de façon créative. (…)

Cet esprit d’initiative porté du côté des solutions est un trait de caractère fondamental de GK. Il a constitué un facteur important de la structure de leurs opportunités politiques dans son développement ; ainsi qu’une raison centrale de leurs impacts sur le terrain. En s’adaptant à chaque situation, le mouvement parvient à se renouveler en permanence ; et à transformer sa rhétorique en fonction des nouveaux acteurs ou situations. Aujourd’hui, GK fait face à de nouveaux défis : la question des leaders et celle du financement de long terme ; étant donné que l’organisation ne se finance qu’à travers des donations. (…) En 2018 et à horizon 2024, GK se concentre désormais davantage sur ses partenaires privés et envisage de construire, grâce à leurs partenariats, des villages destinés aux employés d’entreprises aux Philippines. L’idée est de centrer leur compétence principale, la construction de communautés durables et autonomes, sur les marchés philippins afin d’avoir un impact positif sur l’économie de façon éthique et écologiquement soutenable. (…)

Nous pouvons par conséquent conclure cette partie par l’effet notable que présente le mouvement GK sous forme de « soft power » à l’échelle des Philippines. Son influence est considérable, en premier lieu sur les citoyens, mais également sur les élites, les entreprises nationales ainsi que les institutions. Au travers d’actions transversales auprès des populations les plus vulnérables, tant économiquement que climatiquement, et de partenariats noués à une échelle sociale très diversifiée, GK est parvenu à s’insérer dans le champ socio-politique philippin comme acteur de terrain privilégié et intermédiaire indispensable renouant les liens sociaux entre les citoyens et l’Etat.
D’autre part, un rapport publié en 2018 par l’US News & World Report, dont Forbes et l’Université de Pennsylvanie, a produit un classement des meilleurs pays où investir, construit sur soixante-cinq critères, dont l’entrepreneuriat, le PIB et le pourcentage de sa croissance, la qualité de vie ou encore l’influence culturelle. Les Philippines, malgré l’instabilité démocratique et la violence politique de Duterte ou des groupes séparatistes, apparaît en première position de ce classement. Bien entendu, nous n’entendons pas attribuer cette attractivité internationale au seul mouvement GK. Nous pouvons seulement poser l’idée qu’il a participé à pacifier la société philippine, tout en participant à un mode de développement durable et inclusif qui est déterminant dans son attractivité. (…)

Ainsi, bien qu’aucun lien explicite ne soit formulé entre GK et les mouvements de décroissance prenant part à l’échelle du globe, il semble que l’on puisse formuler un rapprochement dans leurs objectifs, leurs structurations et leurs modes de développement. Leurs objectifs sont similaires, en tant que les deux mouvements visent l’autosuffisance de communautés, vis-à-vis des fluctuations économiques comme climatiques. Leurs structurations se basent également sur un modèle de développement horizontal et holistique – non pas organisés de la même manière strictement, mais avec les mêmes leviers de développement intégré. Comme l’exprime Karl Satinitigan, cette nécessité de « travailler ensemble » se retrouve dans de nombreuses régions du globe, qu’elles soient vulnérables au changement climatique comme les Philippines, ou moins vulnérables comme l’Europe et les Villes en Transition. Partout, des modèles intégrés de gestion des ressources naturelles et de participation horizontale naissent et émergent : GK se positionne au sein de cette myriade d’initiatives, et représente un modèle de leur développement adapté aux nations les plus vulnérables. (…)

(Sans que ce soit explicite), le modèle GK, dans sa structuration, ses partenariats et son modèle de participation holistique, propose des réponses à la majorité des dix-sept objectifs fixés par les 193 Etats signataires des Accords de Paris :

(a) La structuration de leur modèle autour de la participation citoyenne comme levier principal d’émancipation économique et sociale de communautés autosuffisantes ;
(b) Un objectif d’émancipation fondé sur l’autosuffisance (empowerment), à la fois économique, énergétique et alimentaire.
(c) La mobilisation de ressources les plus diverses possibles, sur un modèle de partenariats holistiques, publics comme privés, et non-exclusifs ;
(d) La mobilisation de ressources sur un plan international, qui tend à former un réseau transnational de soutiens financiers, logistiques, politiques et humains ;
(e) Leurs impacts structurels qui, d’un côté, réinsèrent des personnes autrefois marginalisées au sein de la société civile et qui deviennent alors acteurs du mouvement de changement social ; et de l’autre, des politiques publiques et de l’Etat.

Nous avons par conséquent tenté de montrer en quoi GK s’insérait, d’un côté, comme un acteur central dans les relations Etat / citoyens aux Philippines et, de l’autre, comme un modèle de transition intégrée et participative dont la structuration peut se superposer à celle des ODD fixés par les Accords de Paris. Après avoir investigué ses potentiels de réplication, nous pouvons affirmer que le principe fondamental de GK, le « caring and sharing », est universel ; tandis que les modes d’application sont également réplicables. (…)

GK représente par conséquent une forme de « démocratie créative » où l’innovation dans la participation citoyenne prend en main les enjeux auxquels le pays est confronté. Elles peuvent également être comparées aux « communautés expertes » que Bruno Latour appelle comme devant se substituer aux « communautés d’experts » qui détiennent les rênes des politiques climatiques. Son modèle de fonctionnement, basé sur la compréhension holistique de la place de l’individu au sein d’une communauté ou d’une société, est universel. Il peut être assimilé aux nombreux autres modèles de développement alternatif, inclusif et durable, qui émergent partout à l’échelle du globe.»

 

Pour plus d’information :  christine.bisch@gk-europe.com ; 06 60 71 42 06 ; page Facebook de Gawad Kalinga Lyon. 

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